L’humain : quelle identité et quelle place dans la communication ?

A l’occasion de la sortie du livre « Humain : une enquête philosophique sur ces révolutions qui changent nos vies » de Monique Atlan (journaliste) et Roger-Pol Droit (philosophe), j’ai assisté à une conférence très intéressante en présence des deux auteurs sur le thème de l’humain face à ses nouvelles responsabilités.

La rencontre a été introduite par la lecture d’un extrait du conte philosophique Micromégas de Voltaire, qui racontait en 1752, la visite de la Terre par Micromégas, un être venu de l’étoile Sirius.

Les auteurs partent du constat que nous sommes passés de la croyance que les sciences et techniques allaient améliorer la condition humaine – pensée caractérisant le Siècle des Lumières – à l’idée, aujourd’hui, que les sciences et la technique peuvent aussi être source de menace.

Au 21ème siècle, la question fondamentale au sujet de l’humain sera, selon eux, celle de l’identité. La question sous-jacente étant de savoir en quoi les révolutions technologiques modifient la représentation que nous avons de nous-mêmes. « L’humain 2.0 » est-il une représentation fantasmée de la science-fiction ou est-il une réalité ?

Selon une étude, 53% des Français ne se sentent pas assez informés sur les enjeux éthiques de la science.

Les auteurs ont donc entrepris une enquête dans plusieurs pays et sont allés à la rencontre de 50 chercheurs dans des disciplines transversales, afin de proposer au grand public une explication de l’avancement des technologies actuelles. Cette enquête avait pour objectif de « retrouver le fil d’Ariane de l’humain » et d’apporter une réflexion sur un questionnement : « sommes-nous face à une rupture anthropologique ? »

La question de la rupture anthropologique a été présentée succinctement (le temps faisant évidemment défaut pour une question aussi vaste !), mais de manière passionnante en exposant différentes frontières relatives à l’humain qui tendent à s’estomper au fur et à mesure des progrès de la science :

Frontière entre l’artificiel et le naturel : les prothèses deviennent internes, organiques et non plus mécaniques. La frontière entre la chose et la personne se brouille avec l’image d’un homme dont les « pièces » seraient remplaçables. L’exemple a été donné notamment de John Moore, surnommé « l’homme aux cellules d’or ». En 1984, à Los Angeles, des cellules de cet homme atteint de leucémie avaient été prélevées à son insu, brevetées et cédées à l’industrie pharmaceutique. L’homme a intenté un procès au nom du droit à la propriété, les juges ayant dû trancher sur la question « où s’arrête la chose et où commence la personne ? ».

Lors de l’interview des deux auteurs donné au magazine Stratégies n°1668 du 1/3/2012, la question des extensions de notre corps – par le biais des outils d’intelligence artificielle, par exemple la commande vocale Siri – est analysée comme une sorte d’évolution des données de notre cerveau : « nous retenons où se trouve le dossier plutôt que le contenu du dossier » mais pas forcément comme un désinvestissement de la mémoire individuelle. Dans le domaine de la communication, à l’heure où « la relation entre un émetteur de message et un récepteur se complexifie », le chemin, c’est-à-dire, « le tracé de l’élaboration de notre relation au monde extérieur », s’impose de manière d’autant plus forte.

Frontière entre l’intime et l’exposé : les progrès de l’imagerie cérébrale contribuent à effacer la frontière entre l’extérieur et l’intérieur. Le « brain reader » est en mesure par exemple de savoir à quel nombre entre 1 et 20 une personne est en train de penser. Concernant le neuromarketing, les auteurs affirment cependant, dans leur interview pour Stratégies, qu’il « ne pourra pas tout maîtriser, car on ne sait que très peu de choses sur le cerveau, à peine 5% ».

Frontière entre privé et public, passé et présent, oubli et mémoire : avec l’avènement du numérique, il n’y a plus « big brother » qui regarde tout le monde, mais il y a « tout le monde qui regarde tout le monde ». La question de l’externalisation de nos données, abordée dans l’interview de Stratégies, relative au Cloud Computing, est, selon les auteurs, celle du « dessaisissement accepté de nos données les plus privées sans savoir auprès de qui on se dessaisit ».

Face à cet humanisme décentré, mis en tension par les moyens mis à disposition par la science, la question de la place de l’humain devient cruciale. Cette place est tiraillée entre celle de « l’homme qui se rêve dépassant le projet de la nature » – la « honte d’être né : honte de ne pas être rationnel comme une machine » – et celle de l’humain se définissant par « l’acceptation du manque et des limites de la finitude ».

Il est intéressant de mettre en rapport ces questionnements sur la place de l’humain face aux progrès de la science avec la tendance qui ressort du palmarès 2011 d’Ipsos sur les publicités préférées des Français : « l’humain a été au coeur de la publicité en 2011″. (Source : Stratégies n°1670 du 15/03/2012). La place grandissante du digital a conduit à un « besoin de personnaliser et d’introduire du sens dans sa relation aux autres et à son environnement » précise Marie-Odile Duflo, directrice générale d’Ipsos ASI.

A défaut d’être entrés dans l’ère du neuromarketing, nous sommes donc durablement entrés, selon Marie-Odile Duflo, dans « l’ère de l’egomarketing, qui s’illustre par une volonté de véracité dans les situations présentées et par un fort ancrage dans la vie quotidienne ».

Le cheminement pour comprendre l’identité de l’humain de demain, oscillant entre fantasme technologique et besoin de véracité, est crucial et pose aussi la question de la place de l’humain et de sa représentation dans la communication.

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